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100 lectures inspirantes : Les Poèmes, Paul Celan

20 décembre 2015

C’est jour de poésie! Après avoir lu Shakespeare, Dante, García Márquez, Henrik Ibsen et Kafka, j'ai plongé dans l'oeuvre Les Poèmes de Paul Celan, qui nous rappelle un pan sombre de l’histoire. Je ne pouvais absolument pas passer à côté de ce chef-d’oeuvre, qui mérite une place de choix dans ma liste de 100 lectures inspirantes.

Extrait

Plutôt qu’un poème, je citerai cet extrait de la lettre qu’il a envoyée à Max Rychner en 1946 pour illustrer les propos qui suivent : « Je tiens à vous dire combien il est difficile pour un Juif d’écrire des poèmes en langue allemande. Quand mes poèmes paraîtront, ils aboutiront aussi en Allemagne et – permettez-moi d’évoquer cette chose terrible — la main qui ouvrira mon livre aura peut-être serré la main de celui qui fut l’assassin de ma mère… Et pire encore pourrait arriver… Pourtant mon destin est celui-ci : d’avoir à écrire des poèmes en allemand. »

Pour faire court

En poésie, il est plus difficile d’expliquer de quoi il est question. L’auteur nous raconte par bribes ses voyages et les souvenirs rattachés, l’amour pour une femme, la perte d’un être cher, la mort et la Shoah, qu’il a vécue, hélas!, de près (ses parents ont été déportés).

En un mot : Résilience

Prendre un événement terrible, le transformer grâce à l’art. À travers une forme de poésie pour le moins inhabituelle, Celan laisse libre cours à l’émotion et l’horreur vécue pendant la guerre. Il utilise sa douleur et essaie d’en faire quelque chose de beau, alors qu’il n’a aucune obligation. On parle ici de résilience. Oui, lire de la poésie peut-être difficile, mais il s’agit d’un devoir de mémoire dans ce cas-ci. 

La vie est faite de haut et de bas pour tout le monde (Celan a sans aucun doute vécu le pire), et aucune réaction n’est mauvaise, aucune douleur n’est insignifiante. Ce qui est important, c’est de prendre cette énergie négative qui nous habite dans les moments difficiles, et de la tirer loin, loin derrière nous. Et pour y arriver, on a tous besoin d’un exutoire, que ce soit le trop-plein d’activités, les excès variés ou l’écriture. En parlant d’écriture, j’aimerais saluer ceux qui sont inspirés dans leur malheur et leur douleur. Plus que la volonté d’expression, il s'agit d'une admirable volonté de vouloir transformer leur vision sur ce qui leur arrive. 

Paul Celan, dans son cas, déconstruit le modèle « standard » de la poésie (rimes, structure visuelle, etc.) pour y faire passer sa colère. L’œuvre est sombre, mais elle existe. 

Bonne lecture!