Recharge tes super-pouvoirs

Mon amie, l'anxiété

21 novembre 2015

Comme beaucoup de gens de ma génération, je crois, j’ai un charmant tempérament anxieux. Oui, oui, charmant. Ça me prend par bouffées, devant toutes sortes de situations. Chez moi, c’est comme le vent et la neige : parfois c’est doux et parfois, c’est la grosse tempête avec des rafales à 120 km/h. Quand je suis dans une bourrasque, je ne vois plus rien. Tout devient prétexte à alimenter mes peurs ou à les confirmer.

Sentir l’ouragan

J’ai parfois le réflexe de fuir devant une situation potentiellement stressante. Comme les vieux marins, je sens parfois la tempête arriver. Alors je me barricade : je me réfugie dans une couverture et des vieux films, ou bien devant ma nouvelle série préférée, et je repousse la tâche à faire, jusqu’à ce que le couvercle saute et que je n’en puisse plus. Au cours de la dernière année, j’ai beaucoup appris à identifier cette anxiété et surtout, à l’aimer du mieux que je peux. Parce que cette anxiété, elle m’est aussi utile. Il n’y a pas meilleur baromètre. Si je suis dans une situation qui ne me satisfait pas, où je sens que je ne m’écoute pas vraiment, mon corps est le premier à me l’annoncer : je sens soudain un tumulte, des tremblements, une agitation incessante, parfois des larmes qui remontent. Il m’est même déjà arrivé de claquer des dents en plein milieu d’une discussion qui éveillait des craintes chez moi. J’en ai été le premier surpris, mais j’ai alors compris que j’avais besoin de réagir immédiatement pour mettre fin à la situation stressante. Ça ne pouvait pas être plus clair.

J’ai aussi découvert que la solution la plus simple, et sans doute une des plus efficaces, était de le dire quand je ne me sens pas bien. Ça ne s’applique pas toujours, évidemment, mais le plus souvent possible, si je sens que quelque chose me stresse au-delà d’un certain seuil, je prends la peine de le spécifier, et de le signifier. Ça évite parfois bien des propos blessants. Lorsqu’il s’agit d’une situation plus personnelle (faire face à une peur qui m’habite, par exemple), j’essaie alors de dédramatiser et surtout de trouver d’où vient cette pression que je sens sur mes épaules.

Aimer les orages

C’est paradoxal que j’aie trouvé cette solution, parce que jusque-là, j’ai toujours eu du mal à exprimer pleinement mes émotions. Ma sensibilité m’a longtemps rendu mal à l’aise, parce que j’y voyais là un signe de faiblesse. Je me suis longtemps vu comme trop sensible, trop fragile pour correspondre aux standards incroyablement flous de la normalité. On m’a appris, comme à beaucoup d’autres, qu’un gars qui pleure, c’est pas beau.

Une manière de renverser la vapeur pour moi a été d’assumer pleinement cette sensibilité et cette anxiété que j’ai, et d’apprendre à les aimer. Parce que c’est comme ça, parce que je ne peux pas instantanément devenir quelqu’un d’autre, et surtout, surtout, parce que c’est grâce à ça que j’écris. Je ne serais pas l’être créatif et imaginatif que je suis si je n’avais pas cette habileté de plonger les deux pieds dans mes émotions. Je ne créerais pas de la même manière si j’étais moins sensible, moins empathique, moins émotif. Je ne serais pas parvenu à réaliser les projets que j’ai réalisé, à faire face aux obstacles que j’ai eus sur ma route, si je n’avais pas le talent de prévoir le pire scénario.

J’ai toujours été fasciné par les orages, ces moments où la nature éclate autour de nous. À présent, j’apprends à m’intéresser aussi aux éloises* en dedans de moi. Au lieu de me culpabiliser d’être qui je suis, d’avoir les émotions que j’ai, je tente d’en être fier et de les observer, comme j’observe la foudre à la fenêtre : en admirant comment la nature est plus grande, plus forte que moi, avec une sorte de frisson d’excitation.

 

 

*Éloise : Éclair suivi du tonnerre. (Chantal Naud, Dictionnaire des régionalismes des Îles-de-la-Madeleine)