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Les générations et le bonheur

31 octobre 2015

Cette année, j’ai eu trente ans. Si je retourne à ma jeunesse,je m’imaginais à cet âge comme une femme d’affaires établie (femme à la maison, très peu pour moi), ma petite maison et mon auto, certainement pas mariée (le rêve de princesse, c’est pour les faibles, me disais-je) et pleine de créativité (je vais peindre, écrire, etc.).

J’ai une carrière en dents de scie, pas de maison, pas d’auto, je vais bientôt me marier et j’ai arrêté toutes activités dites artistiques par manque de temps et d’envie. L’histoire classique moderne quoi. Ce n’est pas comme si vous ne l’aviez jamais entendue. Les gens de ma génération, les « Y », se plaignent tout le temps du sort qui leur est réservé ; on a nos raisons! On ne veut pas finir malheureux comme nos prédécesseurs.

Comme plusieurs membres de ma génération, j’ai vu mes parents travailler très fort, acquérir de bonnes conditions de travail, mais aussi être généralement insatisfaits de leur quotidien. Pire, parmi ceux qui, chaque jour, travaillaient en pensant à leur retraite dorée, j’en ai vu mourir à quelques mois de la liberté. Ça fait réfléchir.

J’ai aussi vu mes frères et sœurs de la génération X qui, en tentant à tout prix d’atteindre leurs conditions de vie idéales, se sont perdus dans le matérialisme moderne. Ils en ont perdu la perspective de l’immensité du monde en se concentrant, jour après jour, sur des problèmes banals et les privilèges qu’ils n’auront jamais. Ils ne sont pas plus heureux. Moi, ça m’a marquée et ça a eu une grande influence sur ma conception de la vie.

Comment être heureux chaque jour de sa vie?

Vous savez, je pense à comment être heureuse chaque jour de ma vie. Je regarde autour de moi. Il y a de mes amis qui ont choisi le modèle de leurs parents baby-boomers. Mariage et enfants dans la vingtaine, travail ennuyeux, mais avec de bonnes conditions, petite maison et camionnette. Rien de mal là-dedans, ils semblent (la plupart du temps) bien heureux.

Et il y a les autres, ceux qui ont choisi la voie des « X ». Les carriéristes qui veulent les grosses jobs, travaillent 70 heures semaine en espérant à tout prix devenir « the next big thing » avant d’avoir atteint les 30 ans, mais toujours insatisfaits par cette envie de statut qu’ils n’atteindront jamais, et qui voyagent pour compenser leur ennui du monde. Eux aussi semblent heureux (la plupart du temps).

Je crois que je dois insister sur le mot « semble » maintenant. Sur les réseaux sociaux, tout le monde « semble » heureux. Cependant, après deux bières, la réalité en est tout autre. Peu importe notre modèle générationnel, dans les deux cas, on sait que notre avenir n’est pas garanti. La retraite à 50 ans, on peut oublier ça. Vingt ans dans la même compagnie? Vous ne pensez pas sérieusement que beaucoup de gens auront accès à ce type d’emploi, non? Et ça nous rend un peu malheureux, un peu amers. On y voit une injustice. On nous a légué l’insécurité et cette mauvaise habitude de se poser des questions. Oui, je suis très insécure et je l’avoue, je me demande pourquoi.

Comment concilier ce sentiment d’insécurité avec cette recherche du bonheur présent?

J’ai longtemps cherché la réponse. Sans la trouver, évidemment. Est-ce que j’ai besoin de la carrière, la retraite, la maison, l’auto pour être heureuse? Est-ce que cela va me guérir de mon insécurité? J’ai longtemps cru que oui, j’en avais besoin, et cette croyance s’est renforcée chaque jour par des conversations, des avertissements et des conseils. Si les autres en ont besoin, pourquoi pas moi? Mais moi, j’ai un esprit drôlement rebelle, il faut l’avouer.

J’ai voulu faire le contraire de ce qu’on me disait être le « bon sens » (un baccalauréat en histoire de l’art et un MBA, ç’a du sens, non?). Plus je voyais les gens être mal à l’aise avec mes idées, plus je me rendais compte que mon insécurité venait de ces modèles générationnels, de ces cadres de pensées, ces conversations, bref, à force d’essayer de vivre ma vie comme ceux qui m’ont précédée, mais dans un cadre tout à fait différent. Je me suis rendu compte que je cherchais à avoir ce que les autres ont, mais qu’au fond, cela n’est pas du tout ce que je veux.

La clé de mon bonheur, je l’ai donc trouvée quand j’ai dit non merci à la vie des autres. Ma créativité, longtemps enfouie dans mes insécurités quotidiennes, est réapparue, exactement au moment où j’ai eu le flash, le déclic me faisant réaliser que j’étais heureuse à tracer mon propre chemin, même s’il est un peu rocailleux. Encore un cliché sans bon sens.

Je n’ai pas fini de regarder le passé et je les aime, les baby-boomers et les « X », parce que peu importe ce qu’on leur reproche, ils ont des leçons à nous apprendre. Ce sont eux qui m’ont appris à tout remettre en question, pour le meilleur et pour le pire.

Questionner mon insécurité et celle des autres m’a permis la libération. J’ai donc trouvé la réponse, enfin. Il n’y en a pas de réponse.

Je vais donc créer ma vie.

Maintenant.