Recharge tes super-pouvoirs

Faire pousser de minis inspirés

27 février 2017

On ne parle pas (encore) beaucoup de comment être ou demeurer un parent inspiré sur ce blogue. Sauf ici et ici. Par souci peut-être de se démarquer des nombreux blogues de mamans, pour éviter d’attirer tout ce mouvement des bas fonds de la comparaison qui nous pollue la tête, et nous tord les boyaux de la culpabilité, ou simplement parce qu’on n’avait pas l’impression que notre communauté était formée de parents. Quoi que… de plus en plus (coucou Alex, Éric, Joëlle, Marie-Eve, Myriam, Léonie et tous les autres)!

L’affaire, c’est que j’ai ces conversations-là dans ma tête en permanence. Parce que plus de 50% de mon cerveau est absorbé par cette expérience de la maternité depuis presque 4 ans. Parce qu’être une maman inspirée fait partie de mon identité d’inspirée maintenant. Parce qu’il y a ce plaisir et cette vision de la maternité qui m’anime. Parce que j’ai envie de dire aux inspirés qu’avoir des enfants n’est pas nécessairement signer la fin de sa liberté. Que c’est une excellente façon de s’épanouir et d’avoir un impact positif sur le monde.

L’anticipation

Je n’ai jamais vraiment été anxieuse ou stressée à l’idée de devenir mère. Excitée serait un meilleur mot. La peur de ne pas être une bonne mère? Jamais traversé l’esprit. Après tout, j’avais eu une mère que je qualifiais d’excellente mère. Enseignante, amoureuse des enfants, pédagogue, positive, dans l’action, embrassant son rôle de mère et de professionnelle avec passion, engagement. Aujourd’hui, nous avons tous les trois une belle relation avec elle. Nous sommes proches. Je n’ai pas vraiment grand-chose à lui reprocher outre cette fois où elle m’a dit non pour un party où je voulais vraiment, vraiment aller. J’ai une maman inspirée. Je me disais que j’avais appris de la meilleure, une pro. Que je serais une bien bonne mère moi aussi. Pas parfaite, mais bonne, oui. J’étais prête. Ma seule mini-crainte, si je suis vraiment honnête, était de ne pas aimer ça autant qu’elle… c’est tout dire.

Je me suis donc lancée dans l’aventure de la famille en toute confiance. Le sourire aux lèvres et les images-qui-font-rêver par milliers dans ma tête. Faisons pousser de petits êtres inspirés, que je me disais. J’avais hâte de leur faire découvrir le monde, notre monde, de leur transmettre nos valeurs, nos passions, de créer avec eux de petits rituels, de leur apprendre la vie et de les accompagner dans le développement de leur sagesse intérieure pour qu’ils puissent ensuite naviguer le monde, ses hauts et ses bas en pleine possession de leurs moyens.

Bien sûr qu’il y avait une part de naïveté dans tout ça. Par contre, ce n’est pas comme si je m’attendais à ce que ce soit parfait. J’avais plutôt confiance que nous saurions réagir et nous adapter aux défis de la parentalité. 

Enceinte et en voie de l’être, j’observais ce que faisaient les autres parents et ça me renseignait sur mes propres valeurs. Ça me donnait des indices sur le genre de mère que j’étais, sur ce à quoi j’adhérais ou non. Je ne sentais pas la pression «qu’on fasse pareil» pour pouvoir être amies.

L’arrivée

Puis notre bébé est arrivé.

Devenir parent a cet effet d’avaler notre vie en une bouchée et de la recracher dans une forme… disons reconnaissable, mais différente. Pas parce que c’est si difficile que ça (ça peut l’être), mais parce que ça change toute notre perspective, notre rapport au temps, ça rebrasse nos priorités, ça change notre style de vie et ça nous change nous en tant que personnes, en tant que couple — pas instantanément, mais graduellement. Pas complètement, mais profondément.

Pis ben, j’ai essayé de faire ça. M’adapter aux défis qui étaient les nôtres. Prendre la meilleure décision en tenant compte de tous les facteurs — notre bébé et ses particularités, l’équilibre cher à notre famille, l’opinion de mon chum, mon équilibre mental et parfois les conseils de mes amies proches, de ma mère, de ma sœur infirmière. Pis ouin, un peu Internet.

En avançant dans le monde de la maternité — j’ai bien réalisé qu’il existait toute une autre dynamique à laquelle on échappait difficilement : celle du doute et de la culpabilité. Celle des «je devrais tu» faire ceci ou cela. Un monde où la valeur que tu as en tant que parent est liée à chacune de tes décisions. Micro-managing de la maternité. On perd la vision, là. On perd l’objectif de vue. On ne parle plus de petits inspirés ici, on parle de couches lavables, d’allaitement et de gâteaux de fête.

On fait de la maternité une histoire personnelle, une job pour laquelle on n’a pas une rencontre d’évaluation annuelle, mais bien quotidienne. Mais personne ne s’épanouit sous l’emprise d’un boss étouffant. En tous les cas, surtout pas moi. Si je vous en parle, c’est pour que vous puissiez vite sortir de cette dynamique.

Le chantier

J’en suis venue à réaliser que si toute cette dynamique malsaine (vieille comme le monde) de comparaison entre parents ou entre enfants m’attristait autant, c’est qu’elle clashe avec une de mes valeurs fondamentales. Si on a le droit d’imaginer une carrière et une vie à notre image, pourquoi n’aurions-nous pas le droit d’imaginer une famille à notre image aussi? Je crois profondément en la multitude des modèles et des choix, des valeurs, des priorités.

C’est une période de vulnérabilité, devenir parent. Non seulement nos émotions sont à fleur de peau, mais tout est à construire. Nos idéaux sont confrontés à la réalité, on est en apprentissage. Les réponses ne sont pas toujours claires et nettes. Des fois on fait des choix, mais après, tout Internet est là pour te rappeler quels choix tu as faits ou n’as pas faits. Tu dois sans cesse te répéter pourquoi. Sans cesse te répéter que tu es bonne. Assumer tes choix la tête haute.

Je vois l’aventure de la maternité comme un chantier. Je n’ai pas des enfants à ma charge, je bâtis une famille. Au cœur de cette vision, il y a que le bien-être de mes enfants est intrinsèquement lié au bien-être de notre famille et de ses parties. Ça enlève une certaine pression, je trouve. Ça déboulonne l’individualisme et l’égo qui voudrait que notre enfant soit bon dans tout, tout le temps.

Le guide

Bref, c’est tout un projet de vie. En tant que couple et parents, on essaie des choses, on se fâche des fois, on discute beaucoup et parfois fort, puis on essaie de se changer les idées. On mène notre barque. On prend ça à cœur, tsé.

Au final, j’essaie surtout de garer en tête que dans 10 ans, 20 ans, 30 ans les seules personnes qui pourront dire si mon chum et moi, on a été de bons parents, ce sont nos enfants. Mesurons donc nos qualités de parents en regardant nos enfants aller : sont-ils épanouis, rient-ils souvent, progressent-ils, comment se portent-ils émotionnellement, physiquement, comment sont-ils avec les autres, chaleureux, bienveillants? Sont-ils conscients des autres? Conscients d’eux-mêmes? Arrivent-ils à mettre des mots sur leurs émotions? Sont-ils créatifs, osent-ils se mouiller, inventer, foncer, essayer? Comment se porte notre relation avec eux? Ont-ils du plaisir à apprendre, à vivre, à expérimenter tout ça, à persévérer? Quelles valeurs sommes-nous en train de leur inculquer? Surtout, quelles valeurs voulons-nous leur inculquer pour forger leur sagesse intérieure? Pour que cette sagesse devienne leur guide, au lieu que la société leur en impose un?

 

 

 

Pour plus de réflexion sur être parent et le gros bon sens, je vous recommande chaudement le documentaire «Pas facile d’être mère» (malheureusement plus disponible en streaming) sur la maternité et les réseaux sociaux que j’ai adoré en tous points.